Elguijaronegro

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21 mars 2005

Poèmes d'amour et de combat

Vivre

Je vis ma vie dans un cercueil

Cent cafards et quelques vers

M’accompagnent.

Je vis parce que

Je n’ai aucune autre alternative

Que de vivre.

Les cafards et les vers

N’ont pas d’autres choix,

Eux non plus.

Des âmes vivent dans un cercueil

Nous nous toisons tous d’un œil vitreux

Nous nous mangeons,

Nous nous buvons,

Les uns les autres

En nous demandant

Pourquoi nous vivons !

Je ne connais pas la réponse,

Les cafards et les vers

L’ignorent aussi.

Pleine lune

Je suis seule.

La lune là-haut est seule aussi.
Moi qui suis la plus malheureuse sur la terre,

Je contemple le bonheur dans le scintillement du clair de

lune.

Me voyant, la lune est si embarrassée

Qu’elle se voile aussitôt la face

De honte derrière un nuage.

La lune ne savait sans doute pas

Qu’un être humain pouvait être aussi seul.

La lune a une cour aussi vaste que le ciel

Et des bandes de filles-nuages  avec lesquelles jouer.

Mais moi, qui ai-je ?

Ne vibre ni ne résonne

Tant de choses vibrent et résonnent,

Les cellules à l’intérieur du corps,

Les clochettes aux chevilles quand elles dansent,

Les bracelets d’argent au poignet ?

La pluie de la mousson rebondit sur la fenêtre, et les vitres, en

musique, vibrent et résonnent.

Dès que les nuages s’entrechoquent, le tonnerre vibre et

résonne.

Les rêves résonnent, imposent au temps leur rythme,

Puis, dans un grand chamboulement intérieur,

La solitude vibre et résonne.

Seule la cloche intime de ma porte ne vibre ni ne résonne.

Solitaire

(Un jeune homme pense à une autre femme)

Cela arrive chaque fois qu’on n’a nulle part où aller.

Une cour sinistre, un arbre fruitier, un chat solitaire, je

            marche

De long en large entre les citronniers.

Quand il n’y a nulle part où aller, on sort d’une pièce pour

aller dans la cour

Puis on revient dans la même pièce.

Certains soirs d’hiver semblent si longs

Qu’on voudrait les repousser le plus loin possible

Pour laisser place à une nuit profonde et paisible

Ou à une matinée éclatante de soleil.

Les journées passeraient ensuite à rêvasser

Et à bavarder.

Quand il n’y a nulle part où aller,

Je m’assois tranquillement sous la véranda,

Me fraie mentalement un chemin à travers la brume

Et entre dans une autre pièce.

Qui le beau jeune homme serein

Assis là attend-il ?

Je n’ai nulle part où aller.

En regardant fixement ces pièces si familières, la cour, le mur,

Les soirs d’hiver,

Je frappe mentalement à une autre porte,

Toc, toc, toc,

Je retiens les larmes qui montent de mon cœur brûlant

Et je crie

Jeune homme, qui attends-tu ?

Rêve domestique

A quoi ressembles-tu dans ton lit

Au moment où tu t’endors

Ou au sortir d’un rêve ?

A quoi ressembles-tu au lever,

Quand tu vas dans la salle de bains

Te verser un verre d’eau de la cruche

Pour le boire ?

Je ne t’ai jamais vu dans un contexte domestique

Après que tu t’es rasé et baigné.

A quoi ressembles-tu

Quand tu chantonnes,

Quand tu retires ta chemise,

Quand une femme étale

La forêt de sa chevelure

Sur ton large torse

Et t’inonde de caresses ?

Quand réveillé au plus noir de la nuit,

Tu te noies

Dans l’amour fou d’une femme

Comme la houle des vagues sur le fleuve ?

Je meurs d’envie de voir un jour

Comment le corps d’une femme

Frémit de joie sous ta main.

Pour une fois, je veux être une femme, entièrement femme !

Courbée devant un arbre

Je n’atteins que le s branches douloureuses

Jamais je ne toucherai le sommet

Où le vert feuillage dissimule le bonheur.

Etendre mes bras m’affole,

Qui pansera mes maux et mes blessures ?

Je me suis assise sous ton ombrage

Tout au long de mon infinie jeunesse.

Je voulais ramasser les fleurs et les feuilles mortes,

Glaner quelques raisins pourris.

Mes pieds sont couverts de poussière

Toute la journée, j’ai erré tel un cerf volant coupé de son  fil.

Je t’en prie, donne – moi quelque chose,

Car rentrer chez soi les mains vides est de mauvais augure.

Même si tu me transmets la maladie jaune que tu abrites.

Je prendrai ça pour du bonheur les yeux fermés-

Si tu le dis !

Bon, si tu ne peux pas me donner un peu de vrai bonheur,

Pourquoi refuser de me donner un peu de douleur ?

Poème d’eau

Le pichet est rempli, il y  a une mare juste à côté,

Puise de l’eau dans l’u ou l’autre si tu as soif.

Si tu as encore soif, va   boire à la rivière Kongsho,

Une fois bue toute l’eau, si tu as encore soif,

Viens me voir.

Un océan solitaire pleure dans mon cœur.

Sombre et beau

Quand je te vois

Je voudrais recommencer ma vie à zéro.

Quand je te vois.

Je voudrais mourir et, en mourant, me transformer en eau

            sacrée.

Si jamais tu as soif, tu viendras boire cette eau.

Je te donnerai mon ciel,

Le soleil et la pluie, ce qui te plaira, tu n’auras qu’à le prendre.

J’embrasserai ton insomnie et te donnerai ma morphine.

Offre-moi une nuit longue de douze années

Dans laquelle te voir.

Toi qui es plus lune que la lune,

A ton clair de lune, je peignerai ma chevelure.

Un jour, je mettrai du vermillon sur mon front,

Et me vêtirai comme une femme qui attend son amant.

Quand je te vois,

Je voudrais mourir. Si ton désir met le feu à mon bûcher,

En mourant, c’est sûr, je monterai au ciel.

                                                Talisma Nasreen

Posté par KNTHMH à 14:15 - M'ont été envoyé par des amis - Commentaires [0] - Permalien [#]

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