Elguijaronegro

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22 mai 2005

Mais que cherche Aïcha ?

Un jeune homme partait à son travail, il avisa une jeune fille assise sur son chemin, au bout de la rue, enveloppée dans un châle bleuté et la salua.
- O yeux de sa mère !
O sourcils de sa sœur !
Ce gilet brodé t'appartient-il ?
répondit-elle à son salut
- Viens chez nous, et rends-toi compte!

Le soir même, quand il rentra chez lui, il pria sa mère de demander la main de cette jeune fille.
- Mais avec quoi ? s'écria sa mère, avec quoi irais-je demander sa main ? avec des poux sans doute !
Le lendemain en partant pour son travail, il retrouva la jeune fille au même endroit.
Il se tinrent les mêmes propos que la veille.
- Viens chez nous et rends-toi compte de notre situation, lui dit-il et il rentra chez lui.

Elle le suivi alors discrètement et colla son oreille contre la porte de la maison. Il parlait à sa mère :
« Mère, allume donc !
La lune nous éclairera, répondit la mère.
Qu' y-a-t-il à manger, mère ?
De la galette et des oignons, mon fils !
M'as tu reprisé la chemise ?
Oui, j'ai enlevé un morceau de la manche pour la rapiécer. »
N'ayant rien perdu de cette conversation, Aïcha repartit discrètement.

Le lendemain, il la retrouva sur son chemin et ils échangèrent à nouveau les mêmes propos.
- Va chez nous, et vois toi-même !
- je suis allée chez vous et j'ai compris votre situation !
La lune est votre lustre !
Les oignons sont vos pommes
Et vous rapiécez vos pans de chemise
avec le bas de vos manches »
Le soir, il rentra chez lui, plus résolu que jamais à épouser cette jeune fille.
Il persuada sa mère d'aller demander sa main.

Elle alla donc frapper à la porte de la maison de la jeune fille.
- Qui est là ? demanda celle-ci de l'intérieur.
- Ouvrez!
- Frappez du pied sur le ciment,
soulèvez le fer et poussez le bois.
La mère entra et demanda à la jeune fille :
- Pourquoi ne t'es tu pas levée pour m'ouvrir ?
- La rose délicate de mon giron m'empêche de courir !
- Où est ta mère ?
- Elle est partie accompagner ce qu'elle n'a jamais amené !
- Où est ton père ?
- Il est parti accompagner ce qui ne reviendra jamais ! »

La mère ne comprit rien à ce discours énigmatique,
et s'en alla rendre compte a son fils qui lui expliqua :
« La rose rouge, c'est sa virginité,
sa mère est allé accouché une femme
et son père est allé a un enterrement »

Le jeune homme était très épris de cette jeune fille, Aicha,
et peu de temps après, on lui accorda sa main.
Un mois plus tard, le mariage fut célébré.
Au lendemain de la nuit de noces, une jeune fille qui louchait alla voir Aïcha :
- Bonjour, la mariée, dit la jeune fille.
- Bonjour, ô toi dont un œil cuisine pendant que l'autre verse de l'huile ! »

La jeune fille alla en pleurant se plaindre à sa mère,
qui décida « d'aller voir ça » avec ses nombreux enfants.
- Bonjour la marié !
- Bonjour, ô chienne aux nombreux chiots »

La dame révoltée, s'en alla se plaindre à la maîtresse de maison,
qui décida d'aller vérifier la véracité des faits.
- Bonjour la mariée,
dit-elle, il paraît que tu as…
- Par l'endroit d'où sont sortis tes enfants, je n'ai rien dit de tout cela !

La dame horrifiée, courut vers le mari de Aïcha qui vint a son tour :
- Bonjour la mariée, dit-il.
Elle lui répondit par une grossièreté énorme.
- Par Dieu, s'enflamma-t-il, tu ne passeras plus une seule nuit sous mon toit !

Pour la répudier, ils allèrent chez le cadi, un homme pieux et noble,
richement vêtu de ses nombreux burnous et gandouras.
Avant qu'il ne rende don verdict, Aïcha lui fit un signe qu'il prit pour un geste d'offrande,
les deux mains réunies, ce qui pouvait signifier qu'en présence d'un jugement rendu en sa faveur,
elle saurait se montrerait généreuse. C'est ainsi que le cadi le comprit toutefois.
- Comment ? dit-il au beau-père d'Aïcha,
vous voulez répudier cette femme qui vient juste d'arriver chez vous ?
A peine deux jours, et vous voulez la répudier, mais, elle a tous les droits sur vous !
Elle garde tous les bijoux, tous les meubles !
Tout ce qu'elle a apporté et tout ce que vous lui avez offert!

Quand tout le monde fut reparti, le cadi arrêta Aïcha :
- Donne !
- Quoi donc ?
- Ce que tu m'as promis par ton geste !
- Mais tu es fou ? mon geste signifiait que tes parties génitales étaient décelables
et qu'il fallait mieux les mettre davantage à couvert!
- Comment s'exclama le Cadi ? visibles sous toutes mes gandouras, tous mes burnous ! …
- Oui, dit-elle, et tu as attiré la honte sur toi! »
Et elle s'en fut... cherchant, cherchant...

(D'après la tradition populaire algérienne)

servante3

Cherchant...cherchant...

Musique: Aïcha

Posté par KNTHMH à 13:16 - Rêves, contes et légendes - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires

  • Chercher!

    Elle est maline Aïcha, mais que cherche-t-elle?
    tu ne le dis pas!

    Posté par Chipolata, 04 juillet 2005 à 23:30
  • Ici et ailleurs

    Peut-être qu'elle cherche un foyer ou un "chef" ou une terre vraiment accueillante...
    Peut-être qu'elle cherche à récupérer son héritage, sans s'en faire constemment spolier...
    Peut-être qu'elle cherche l'Amour, le vrai...
    Peut-être qu'elle cherche à qui elle pourrait jouer un tour à sa façon...
    Peut-être qu'elle cherche à se faire aimer pour elle-même et non pour son esprit, sa beauté, ses réparties, son sens de l'adaptation...

    Qui sait avec Aïcha!
    Elle est ici, et ailleurs, toujours comme on ne l'attend pas...

    Posté par jubilacion, 05 juillet 2005 à 10:28

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