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10 juin 2006

Interview du poète et peintre Atanane ayt Oulahyane

(Le refuge)

Agadir Blues, de Atanane Ayt Oulahyane

L'Abattoire, le quartier où tu es né
Familles berbères, enfants affamés
Années de misère, partout la pauvreté
Prison sans barrières, tu rêvais de liberté
T'en aller un jour, devenir immigré
Pour t'en sortir, il fallait t'exiler
De toutes façons tu vis comme un étranger
Dans le pays où tu es né

L'Abattoire, cité des tendres années
Quartier industriel, réservoir d'immigrés
Au cinéma Salam parfois tu t'évadais
Des films indiens, westernes et karaté
A l'école coranique le taleb t'assomait
A l'école publique le makhzen te programmait
De toutes façons tu vis comme un étranger
Dans le pays où tu es né

L'été à la plage, faire semblant de bronzer
Espérant qu'un jour un touriste allait t'emmener
L'Europe ou l'Amérique, loin de ta vie de damné
Tu faisais n'importe quoi dans l'espoir de t'en aller
Tu en avais marre de ton existence de paumé
Tu en avais assez d'être toujours baillonné
Maintenant que tu es loin tu rêves d'y retourner
Revoir le quartier que tu as abandonné

A l'Abattoire, cité des tendres années
Rien n'a changé, les jeunes sont dealers ou camés
Tu es devenu étranger, presque personne ne te connaît
Ici ou ailleurs tu seras toujours étranger
Tu es né Berbère, l'exil est ta destinée
Tes frères et tes soeurs mènent une vie d'alliénés
On efface la mémoire, la langue est enchaînée
On méprise leur Histoire, leur identité est gommée

A l'Abattoire, le quartier où tu es né
Tu sais bien qu'un jour il faudra y retourner
Tu ne seras jamais étranger au pays où tu es né
Là où sont tes racines, ta langue et tes aînés
Résiste et combats pour ton peuple opprimé
Ton jour jour viendra, Tamazgha bien aimée
Nation amazighe, tu ne plieras jamais
Plutôt briser qu'être soumis et condamné!

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Souss.com: Les internautes vous connaissent comme étant l’artiste peintre et le
Poète de la culture Amazigh du souss, Pouvez vous vous présenter ?



Je suis natif de la ville d'Agadir; mon père était originaire de Idaw Tanane, où j'ai encore de la famille, ainsi que dans la région de Tamanar.

J'ai fait mes études primaires et secondaires à Agadir, ensuite la faculté de lettres à Rabat, car à l'époque (1984) il n' y avait pas encore d'université à Agadir. Après une maîtrise de français à Rabat on m'a conseillé de pousser plus loin, donc je suis venu en France, dans la région parisienne, pour faire des études supérieures.

Je désirais rentrer le plus vite possible au Maroc, une fois mes études terminées car les conditions de vie étaient assez difficiles pour moi et je n'avais pas de famille en France. Mais une fois au Maroc j'ai trouvé les portes professionnelles fermées pour moi. Retour donc en France, où j'ai pu facilement trouver un emploi en tant que professeur de lettres modernes, à l'Education nationale. J'en garde un profond regret pour mon pays et parfois de la tristesse, mais je me plais bien en France, maintenant!



Sc : Cet exil a donc était difficile pour vous ! Comment avez-vous fait pour compenser ce manque du pays ?


Rien ne peut effacer la nostalgie du pays, ni compenser l'absence de la famille, des amis, des lieux que l'on aime. C'est vrai, l'éloignement nous fait ressentir davantage le désir d'un retour aux sources, de revivre plus intensément notre identité et nos traditions; on remarque souvent ce phénomène de repli et d'exaltation identitaire parmi les populations immigrées, ce qui cause souvent des conflits par rapport à ce que l'on appelle " l'intégration", l'insertion dans la société d'accueil...

Mais " l'exil", comme vous dites peut- être un facteur très positif, une chance pour l'amazighité: je pense sincèrement que lorsqu'on est séparé de sa culture on désire la retrouver et la revivre de façon plus forte, la défendre et l'aider à s'épanouir: c'est le sentiment qui anime la plupart d'entre nous.

En ce qui me concerne, l'écriture et la peinture ne sont pas une façon de compenser cette séparation du pays. Déjà quand j'étais au Maroc j'aimais peindre, écrire, mais je n'étais pas intéressé alors par les éléments de ma propre culture.

L'expression littéraire et artistique sont pour moi des façons d'exprimer une conscience identitaire que je ressens en danger, une façon détournée d'exprimer mes convictions politiques, toujours au service d'une cause que je trouve noble et juste, l'amazighité.

L'écriture et tout autre moyen d'expression, que ce soit la chanson ou la peinture sont des armes de combat, pour défendre notre identité opprimée et menacée d'extinction, et non un moyen de divertissement personnel, pour pallier la nostalgie et l'ennui de l'"exil".

Suite de cet interview ici



Posté par KNTHMH à 06:05 - Culture berbère - Commentaires [0] - Permalien [#]

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