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07 juin 2006

Mohammed Dib (écrivain algérien)

Horizon féminin :

gestes
de même longueur
dans le présent
et l'après
de même fraîcheur
dans l'espoir
et l'après
de même lenteur
dans la fatigue
et l'après

(O vive)

présage :

reconnais-le
dormeuse aimante
l'écumeur de ces eaux

l'autre ombre vive
aux parages du cri
et comme

il te tient
mortellement nue
et déjà toute trahie

à l'heure de plaire
au large le vent vaut
moins que lui délit

reconnais-le
plus fauteur d'oubli
que l'oubli

(O vive)

Désir cerf :

au vif de la femme
où se forme la lame
aussitôt instante

au gré de la vague
ce qui descend noir
brassé par le vent

ce chemin
cette eau gélive
felouque à naufrage

ces ongles ces veines
à cerf et à saigner
et à vouloir chanter

(O vive)

les gages de la mer :

la fraîcheur
et nul cri

marée en son cheminement
avant l'éclat de la vague

l'eau portée par soi
précaire nue

proposant une hanche
et se retirant

toujours
berceau aux mouettes

remué repris
par la distance et les astres


(O vive)

les marches de la mer :

rien ne sera dit
porté par désir
jusqu'aux lèvres

ce murmure
plus monte la marée
sonne l'hallali

mêmes hanches mêmes reins
vague au bout de son errance
vive à vanner

ô rivages pour abus tendres
et la main première conviée
d'un vœu à tirer ce feu

(O vive)

Tlemcen ou les lieux de l'écriture

Extraits

"Au commencement est le paysage, - s'entend comme cadre où l'être vient à la vie, puis à la conscience.
A la fin aussi.
Et de même dans l'entre-deux...
Secret travail d'identification et d'assimilation où conscience et paysage se renvoient leur image, où, s'élaborant, la relation ne cesse de se modifier, de s'enrichir, où le dehors s'introvertit en dedans pour devenir objet de l'imaginaire, substrat de la référence, orée de la nostalgie".

"Le cadre premier de mes écritures fut cette cour, ce que nous Algériens appelons le centre de la maison, le centre de fait, bien sûr, au sens géométrique du mot : comment peut-il en être autrement ? Mais s'en tenir à cette acception priverait notre cour de son véritable rôle, qui est de nous réunir".

"L'écriture est une forme de saisie du monde. Mais cette saisie s'effectue dans un mouvement de recul, - recul du scripteur par rapport au monde et recul du même par rapport à l'écriture. L'œuvre, semble-t-il, se constitue dans ce creux, dans cette distance. On le vérifie mieux si, pour écrire, on adopte un idiome autre que le sien. Mais cela ne change rien à l'affaire, qui est de combler l'intolérable faille.
L'espoir et le désespoir d'y arriver sont la chance de l'écrivain".

"Vous n'avez ni tout dit, comme vous avez cru l'avoir fait, ni bien dit ce que vous aviez à dire. La déception vous attend toujours au bout... Tenter à nouveau l'aventure. Vous ne pouvez dès lors échapper à l'appel de l'œuvre à refaire. Qui sera cette fois parfaite... La procédure de création garde toujours ce quelque chose d'irréductible comme un orgueil, ou un mal, caché".



Le 2 mai 2003, âgé de 83 ans, Mohammed Dib nous quittait.

Historiquement, Dib appartient donc à cette génération charnière d’écrivains : celle qui s’était mise à écrire à la fin des années 1940, au moment même où la colonisation entrait dans sa phase d’agonie. Moment où parallèlement tout écrivain algérien se sentait investi du devoir de témoignage, engagé bon gré mal gré à travailler dans l’épaisseur du temps historique. Dib initie alors, au sein même de la langue et des formes littéraires qu’il s’approprie, une recherche sans concession d’une écriture propre en même temps qu’il se forge une stature d’intellectuel sans dogmatisme d’aucune sorte qui l’incite à traquer derrière le miroitement illusoire du monde la face cachée de l’univers. Recherche sans fin qui, se poursuivant jusqu’au “bout de la route sans bout” (l’arbre à dires) a mobilisé son énergie sa vie durant.

Ses livres (une vingtaine de romans, une dizaine de recueils de poésie, des nouvelles, quelques contes, deux essais, une pièce de théâtre...), offrent, par-delà une variété des genres et des styles un univers éminemment personnel, profondément algérien et fondamentalement universel.

Tout au long de sa création, Dib a changé avec constance tout en restant constamment le même. De livre en livre, il fait évoluer son oeuvre avec son époque tout en recherchant opiniâtrement la vérité, dont il savait qu’elle n’est pas unique, qu’elle revêt de multiples visages, mais qu’elle exige toujours un total engagement, qu’elle nécessite une quête des plus intransigeantes. Son écriture - à la fois simple et étrangement sophistiquée - est modelée par une histoire personnelle d’homme nourri à plusieurs cultures (arabo-maghrébine, française, américaine, finlandaise...) et ne se laisse pas cerner aisément. Son regard sur le monde d’une rare qualité est empreint de beauté, d’inquiétude, de gravité et d’un espoir tenu toujours aux prises avec la cruauté de l’histoire, voire du cosmos. Son univers donne une place de choix à cette grande voix algérienne dans le concert de la littérature universelle de notre temps.
(extraits d'un hommage à Mohammed Dib
Khalida Toumi
Ministre de la Communication et de la Culture
Porte Parole du Gouvernement


lien:

Fiche complète sur ce grand écrivain algérien et extraits d'oeuvres

Posté par KNTHMH à 06:57 - Culture berbère - Commentaires [0] - Permalien [#]

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