Elguijaronegro

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15 septembre 2005

Garçon manqué?

Note personnelle préalable à la collation de textes suivants:

J'ai recopié ici ce que je ressens semblablement à l'écrivain franco-algérienne Nina Bouraoui, mais en fait, je diffère de Nina car j'ai souvent dit: "Garçon manqué, fille réussie!"

Bien qu'ayant vécu comme un garçon et avec des garçons pendant une bonne partie de mon enfance et de mon adolescence,
je suis femme, me sens femme, et fus toujours fort attirée par le sexe masculin.

J'ai eu longtemps peur des hommes pour des raisons d'agressions, de violences répétées sur ma personne, mais je n'ai plus peur à présent.

J'ai l'habitude de dire: ce que d'autres ont très bien fait, je n'ai pas à le refaire! Donc, je laisse la parole à Nina Bouraoui, tout ce que j'en ai recopié, j'aurais pu le dire à mon sujet, et au sujet de ce que je vis et ressens profondément.

Si vous avez la patience de lire ce qui suit, vous me connaîtrez mieux, en profondeur, et vous connaîtrez un peu de Nina Bouraoui, peut-être aurez-vous envie de la lire dans ses nombreux romans....


Source des collages ci-dessous:

http://dzlit.free.fr/


Garçon manqué
(Roman) - Stock, 2000

Une phrase extraite du roman Garçon manqué  « Nina est la maladie d’Amine. Brio est le frère d’Ahmed. Nina est la mutilation de Yasmina » (p. 66) est intéressante à double titre car elle reflète l’ouvrage et renvoie à trois niveaux de lecture. En effet, ces trois phrases simples composées d’un sujet, du verbe être qui sert à désigner un état et du complément qui renvoie à un référent illustrent la tonalité du récit composé pour sa majorité de phrases simples, voire même nominales. Cette simplicité grammaticale n’est qu’une façade pour masquer une situation psychologique bien complexe : la quête de soi car le besoin d’appartenance à un groupe passe par la perdition de son âme et de son corps pour pouvoir s’accomplir. Le titre Garçon manqué en est la triste représentation. L’expression est agressive et renvoie à une mutilation physique (absence des attributs sexuels), mutilation que la narratrice mettra en pratique en se coupant les cheveux.

Dans un premier temps, l’identité subjective se traduit par le déni de soi (l’expression « je ne suis rien » est un leitmotiv) puis, cette incapacité à être va devenir une identité ressentie comme « un don, [comme une ] terrible faculté d’adaptation » (p. 175). L’identité affirmée sera brandie comme une arme : « mon prénom arabe. Un si joli prénom."

Extraits de Garçon manqué:


Ici j'oublie l'Algérie. Ses hommes. Sa chaleur. La couleur de sa mer. C'est une forme de trahison. Ici j'oublie aussi la violence. La peur. Cette façon, toujours, de se retourner derrière son ombre. De vérifier. Quelque chose qui n'existe pas. Mais qui arrivera. Cette intuition. Ici je me laisse aller. Vers mon côté français. Vers ce sujet. Que je ne maîtrise pas. Vers ce mensonge. Qui je suis vraiment ? Vers cet accent pointu. Vers cette langue française. Ma langue maternelle. Je parle en français. Uniquement. Je rêve en français. Uniquement. J'écrirai en français. Uniquement. La langue arabe est un son, un chant, une voix. Que je retiens. Que je sens. Mais que je ne sais pas. La langue arabe est une émotion. C'est Faïrouz et Abdel Wahab. C'est cet autre que j'abrite. C'est ma petite blessure. L'Algérie n'est pas dans ma langue. Elle est dans mon corps. L'Algérie n'est pas dans mes mots. Elle est à l'intérieur de moi. L'Algérie n'est pas dans ce qui sort. Elle est dans ce qui dévore. Elle est physique. Dans ce que je ne contrôle pas. Dans mes excès. Dans mes exigences. Dans ma volonté. Dans ma force. L'Algérie est dans mon désir fou d'être aimée. p170

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Ma vie algérienne est nerveuse. Je cours, je plonge, je traverse vite.
La rue est interdite. Rue d'Isli, rue Didouche-Mourad, rue Dieno, le Telemli. La rue est derrière la vitre de la voiture. Elle est fermée, irréelle et peuplée d'enfants. La rue est un rêve. Ma vie algérienne bat hors de la ville. Elle est à la mer, au désert, sous les montagnes de l'Atlas. Là, je m'efface enfin. Je deviens un corps sans type, sans langue, sans nationalité. Cette vie est sauvage. Elle est sans voix et sans visage. Je suis agitée. Je dors mal. Je mange peu.

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Je cours sur la plage du Chenoua. Je cours avec Amine, mon ami. Je longe les vagues chargées d'écume, des explosions blanches. Je cours avec la mer qui monte et descend sous les ruines romaines. Je cours dans la lumière d'hiver encore chaude. Je tombe sur le sable. J'entends la mer qui arrive. J'entends les cargos quitter l'Afrique. Je suis au sable, au ciel et au vent. Je suis en Algérie. La France est loin derrière les vagues amples et dangereuses. Elle est invisible et supposée.

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Citations et commentaires:


" Tous les matins je vérifie mon identité. J'ai quatre problèmes. Française ? Algérienne ? Fille ? Garçon ? ".
Parce qu'en Algérie " on existe trop " lorsqu'on est une femme, elle écrit : " Je veux être un homme.(…) Etre un homme en Algérie c'est devenir invisible.(…) L'Algérie est un homme. L'Algérie est une forêt d'hommes. Ici, les hommes sont noirs à force d'être serrés. Ici, les hommes sont seuls à force d'être ensemble. Ici, les hommes sont violents à force de désir. " Alors Nina a les cheveux courts. Coupés " à la garçonne ". Elle devient Ahmed ou Brio, et joue au foot sur la plage. On se protège comme on peut.

" C'est immense de quitter Alger.(…)Cette ville est dans le corps. Elle hante. (…) Sa séparation est violente. "
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Extraits de:
L'Express 31 mai 2004
«Ecrire, c'est retrouver ses fantômes»
par Dominique Simonnet

  Croyez-vous que l'on est à jamais prisonnier de son enfance?
    Je l'ai longtemps été. Je le suis moins. Mais je ne pense pas qu'on puisse en sortir tout à fait. Pour ma vie de femme, les peurs de mon enfance ont été des fardeaux. Peur de la nuit, du gouffre, de la solitude, de la rue: un jour, dans un parc en Algérie, un homme m'a pris la main sous les orangers, il a tenté de m'enlever, mais ma sœur m'a sauvée... Peur des hommes, peur des autres.

  C'est d'ailleurs dans l'enfance que vous puisez les sensations décrites dans vos livres, et notamment la peur des hommes.
     Oui. Tout naît là, dans l'enfance. Petite, je voyais bien où était la force: du côté des hommes, de cette oppressante forêt d'hommes. Je voyais comment, dans la rue, ma mère, puis ma sœur étaient la proie d'un désir masculin permanent. Je n'en ai pas ressenti de la répulsion envers les hommes, non. J'ai voulu être comme eux: anonyme comme un homme, puissante comme un homme. Du côté de la force et du pouvoir. Quand je faisais les courses avec mon père, je mettais un jogging, j'avais les cheveux très courts et une apparence androgyne, et j'étais très fière. Je me disais: «La vraie vie est de ce côté-là!»

Il vous était impossible de vivre dans l'oubli, le déni de votre enfance.
     Impossible. J'avais gardé de l'Algérie une idée fantasmée, celle du bonheur absolu. C'est un pays sublime, le lieu de mes premiers chocs esthétiques, de mes premiers désirs, des sensations fortes, y compris la peur... J'avais une expérience charnelle de la terre algérienne: la mer, les Aurès, les montagnes de l'Atlas que j'avais parcourues avec ma sœur et ma mère. Nous étions deux petites filles, accompagnant une femme blonde au volant d'une voiture bleue dans le désert. Oui, c'était une image du bonheur... Il m'a fallu me remettre de cette nostalgie-là. Et puis, le temps a tout recouvert. Aujourd'hui, vingt-trois ans après ce départ, je suis une femme occidentale et j'adore la vie. Mais il y a parfois une forme de sensualité orientale, une gravité dangereuse et typiquement algérienne qui me traverse. Ce peuple est un étrange mélange d'intelligence fulgurante, d'humour noir, de poésie et d'autodestruction. Ce pays fort, viril, fier, bouillonnant tombe souvent du côté de la tristesse et des excès. Sans doute parce qu'il n'a pas eu beaucoup de chance dans l'Histoire. Si je n'étais pas traversée par cette identité, peut-être n'écrirais-je pas?

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L'écriture, c'est mon vrai pays, le seul dans lequel je vis vraiment, la seule terre que je maîtrise.

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Votre première terre, l'Algérie, vous l'avez quittée brutalement, et vous n'y êtes plus jamais retournée.
Tout est resté en Algérie: mes objets, mes amis, mon enfance. La rupture a été d'une grande violence. J'ai alors commencé une seconde vie: en une semaine, j'avais perdu mon accent. J'ai voulu oublier l'Algérie, mais elle est revenue avec l'écriture. Ecrire, c'est retrouver ses fantômes.
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Le jour du séisme
(Roman) - Stock, 1999

L'exil devient séisme : « Quitter l'Algérie est un acte violent. C'est un arrachement qui implique la mémoire, son noyau, son intégrité. C'est se détourner de soi. C'est se rendre à l'errance Quitter sa terre. Quitter sa définition. »

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Entrevue recueillie par N. A. (1999)

L’Algérie est un pays bouillonnant, tellurique. J’ai toujours pensé que les éléments influaient sur les gens. La nature m’a vraiment traversée. Mon espace de liberté, je l’ai trouvé dans cette nature marquante, choquante, assez folle. Ma force est algérienne, ma raison est plus française.

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J'ai toujours pensé que l'écriture était un travail le mémoire, une "façon de fixer le temps, de le rendre un peu plus éternel. Écrire ce livre c'est fixer mon enfance pour qu'elle ne parte pas, c'est aussi fixer des lieux pour ne pas qu'ils disparaissent et c'est surtout fixer une ville Alger telle que je l'ai connue, telle que je l'ai vécue, telle que je l'ai ressentie pour ne pas qu'elle s'éloigne de moi. C'est une correspondance avec ce lieu-là, cette enfance-là. L'enfance est aussi un pays. Cela s'adapte pour ce livre mais aussi pour les autres. J'ai toujours eu une sorte de sincérité dans mon écriture. Je n'ai jamais trop triché même si j'ai écrit aussi des romans qui ne concernaient pas ma vie mais ils en évoquaient une certaine partie. Écrire c'est pour moi rapporter la mémoire.

Comment vous est venu le désir d'écrire ?

J'avais 8 ans. C'était une sorte d'élimination, de révélation. J'ai commencé très tôt, comme j'ai commencé assez tôt à peindre et à sculpter. Je me suis vite trouvée dans une logique de création. C'était important de créer, il se trouve que cela s'est développé d'abord dans l'écriture. Ça m'a donné une force qui va au delà de la réalité.

Votre écriture est très poétique ...

Pour parler d'une terre qui s'en va, d'une terre que l'on perd, de Dieu dont on a besoin, forcément cette sorte de récit poétique s'impose un peu. Je me considère plus comme une artiste qu'un écrivain. J'ai souvent retranscrit des tableaux que je voyais. Je dépeins ce que je vois, j'écris assez par vision même si mon travail est très lucide, je suis assez concentrée sur ce que je fais.


Posté par KNTHMH à 08:30 - Textes d'auteurs - Commentaires [3] - Permalien [#]

Commentaires

  • j'ai eu la chance de visiter l'Algérie en tout début 80, j'en garde un souvenir nostalgique et triste à la fois, mélange de joie et de révolte moi qui ne suis ni Algérienne, ni fille de colons mais simplement amoureuse de ce pays par l'intermédiaire de Camus...
    bonne soirée à toi

    Posté par double je, 15 septembre 2005 à 19:05
  • Merci pour ton commentaire, je viens d'essayer d'en poster un en réponse et il s'est effacé lorsque j'ai "envoyé", je ne recommence pas, je ler posterai en note plutôt!
    Il faut que je le refasse, je n'en ai pas trace! ah, l'informatique!!!
    Bonne nuit à toi.

    Posté par jubilacion, 16 septembre 2005 à 00:24
  • Elle ecrit magnifiquement bien. Merci pour cette decouverte.

    Chris

    Posté par Chris, 17 septembre 2005 à 07:58

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